Esclaves, tu dis?

negritudeDerrière mon aquarelle se conjugue une histoire, …. mon ile et ses peuples. Surtout ceux avec le nombril dans l’esclavage.
Quel sens donner au programme de l’Unesco La Route de l’esclave et de l’engagé dans l’océan Indien ? Pourquoi la mobilisation des chercheurs, des réseaux associatifs, des institutions politiques qui soutiennent et participent à ce programme de commémoration de faits d’histoire qui ont laissé des traces douloureuses dans l’inconscient des populations des pays de cette partie du monde ?
Aucune région au monde n’a connu une histoire aussi longue de la traite et de l’esclavage que l’Afrique orientale et l’océan Indien. Très loin des modèles simplificateurs du complexe atlantique, les sociétés de l’océan Indien ont éprouvé des modalités de traites et des situations serviles très diverses, où tous les systèmes esclavagistes européens, orientaux et africains se mêlent. Les Africains et les Malgaches sont majoritaires parmi les esclaves mais ils côtoient des compagnons d’infortune d’origines géographiques extrêmement variées, et en particulier des Asiatiques. Les esclaves sont redistribués et vendus aux quatre coins de l’océan Indien mais aussi vers l’Atlantique, alors que se développent en Afrique de façon croissante les logiques serviles qui connaissent leur apothéose à Zanzibar au XIXe siècle.
Pour répondre à toutes ces questions, il faut se référer à l’histoire des pays bordiers et des archipels de l’océan Indien et à un de leurs points communs : la place du système esclavagiste dans l’organisation des sociétés pré-coloniales et coloniales qui se sont développées dans ce vaste espace géographique continental et insulaire. En effet, bien avant l’arrivée des Européens et de leurs pionniers, des Portugais à la recherche d’une route maritime des épices en contournant le sud de l’Afrique, les Indo-Mélanésiens, les Indiens, les Chinois et les Arabes sillonnaient déjà l’océan Indien, pratiquant le commerce des objets artisanaux en provenance de leur pays mais aussi la traite des esclaves en direction du Monde arabe et de l’Asie. La présence des Indo-Mélanésiens à Zanzibar, le pays des Zandj, Noirs d’Afrique de la côte Est, est attestée dès levé siècle après Jésus-Christ et probablement si l’on en croit les premiers résultats des recherches archéologiques entreprises par le Cndrs aux Comores en partenariat avec les chercheurs de l’Université d’Oxford (Bourhane Abderemane 2013).
Ces navigateurs intrépides qui connaissaient les secrets des courants marins dominaient les échanges commerciaux entre l’Asie et l’Afrique reliant les ports de ces deux grands continents. Ils ne sont pas les seuls à avoir traversé l’océan Indien. Les Indiens, les Chinois, les Arabes sont leurs concurrents et se partagent les bénéfices des trafics commerciaux.
À Madagascar, aux Comores, en Afrique de l’Est, l’esclavage avant l’arrivée des Européens est donc devenu un véritable fait de société, un système inégalitaire qui n’est pas contesté par les pouvoirs politiques en place.
Avec l’arrivée des Européens, le système esclavagiste dans l’océan Indien n’est plus le monopole des pouvoirs indigènes. Les Anglais sont présents dans l’océan Indien au xviiie siècle et participent à la traite négrière. Les Français s’installent à Fort-Dauphin, dans le sud-est de Madagascar, en 1642 et, quelques années plus tard, à Bourbon en 1665 (Manjakahery 2013). Les échanges avec les populations locales ne sont pas toujours faciles, mais la supériorité militaire des Européens leur permet de contrôler des positions stratégiques choisies pour leur activité commerciale. La « diplomatie du canon » est parfois utilisée comme argument dissuasif contre toute velléité de résistance. La colonisation des nouveaux espaces ─ les îles Mascareignes ─ et des terres déjà occupées par les populations de l’océan Indien sur la côte Est d’Afrique et le Sud de l’Inde devient une réalité politique au xviiie et xixe siècle. Avec l’arrivée des Européens, le phénomène de l’esclavage et son corollaire, la traite des esclaves, s’amplifient, transformant les conditions de vie des populations locales. Quatre millions de personnes sont déportées d’Afrique vers Madagascar, les Comores et les îles Mascareignes du début du xviii e à la fin du xix e siècle .
Dans les pays où sont débarqués les esclaves, la séparation avec la terre d’origine est définitive. Ils perdent leurs repères identitaires et sont soumis au rythme concentrationnaire de la vie des camps d’esclaves. La culture d’origine est broyée par le système colonial.
Jusqu’à l’abolition juridique du système de l’esclavage par les Anglais en 1833 et les Français en 1848, les populations esclaves des îles de l’océan Indien n’échappent pas à la rigueur du système esclavagiste.Après les abolitions en 1833 et 1848 dans les pays de l’océan Indien, des formes dérivées se substituent à l’ancien système sous les appellations d’« engagisme » ou de « coolies trade ». Les préjugés racistes, dévalorisants à l’encontre de l’ancienne population servile et des engagés africains, indiens ou chinois, infériorisent les descendants d’esclaves et les nouveaux arrivants. Les stéréotypes discriminatoires, employés par les anciens esclavagistes, restent profondément ancrés dans les mentalités des populations de l’océan Indien.
À Maurice, « Le Morne », montagne qui symbolise la résistance des esclaves marrons et qui est classé patrimoine de l’Unesco en 2009, est choisi comme lieu d’accueil des stèles mémoires. Pendant des décennies après l’abolition des esclavages par les Européens, le refus de reconnaître l’histoire de l’esclavage comme un élément fondateur de la colonisation a tourmenté l’inconscient des descendants d’esclaves.
Ces derniers ont ressenti le déni d’histoire et de mémoire comme une douloureuse atteinte à la dignité de leur ancêtres, une humiliation supplémentaire qui se rajoute à un passé douloureux et difficile à supporter.
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